La découverte de l'épave du Niobé

Le 11 juin 1940 au Havre c'est la débacle, la ville est bombardée par l'aviation allemande, les raffineries sont en flammes les réfugiés fuient devant l'avancée allemande, beaucoup veulent traverser l'estuaire de la Seine. Trois navires sont amarrés quai Joannes Couvert, le Paramé, le Syrie et le Niobé

Le Niobé de la Société Navale Caennaise, vapeur de 79m de long construit en 1920 a été réquisitionné par l'armée il est chargé de tonnes de munitions et de vivres qu'il devait aller décharger à Dunkerque. Mais Dunkerque est encerclé, il arrive donc au Havre mais il est impossible de décharger la cargaison car les dockers ne travaillent plus. Il est alors décidé de faire appareiller le Niobé pour un port situé de l'autre côté de l'estuaire, vraisemblablement Caen. Dans le plus grand désordre des centaines de personnes embarquent sur le Niobé qui va quitter Le Havre entre 14h30 et 15h. Vers 17h le Niobé est bombardé par deux avions allemands, ou quatre selon d'autres témoignages, une énorme explosion coupe le navire en deux, il coule rapidement. Il n'y aura que 11 survivants, 7 passagers et 4 membres d'équipage; tous blessés ils seront recueillis par le Cotentin et débarqués le soir à Ouistreham. Le nombre des disparus est difficile à évaluer, il semblerait qu'environ 800 personnes soient embarquées au Havre, mais le Niobé aurait déjà eu à bord à son arrivée entre 300 et 400 personnes dont des juifs belges et hollandais. Bien que des recherches aient eu lieu rien ne peut être vérifié, et la présumée présence à bord de diamantaires belges et hollandais alimenta pendant longtemps la rumeur selon laquelle le naufrage du Niobé aurait dispersé au fond de la mer un "trésor de diamants".

Un reportage publié en 1962 dans la revue Noir et Blanc révèle que l'épave du Niobé a été retrouvée par un scaphandrier, et fait ressurgir la rumeur du "trésor", cette fois on parle d'un coffre fort englouti. La suite prouvera qu'il ne pouvait pas s'agir de l'épave du Niobé. En 1986 une plaque est posée au pied du sémaphore du Havre en mémoire des victimes de la tragédie.

Le 27 juin 2002 un groupe de plongeurs membres du Club de Plongée Paul Eluard du Havre, Carl Lenormand, Pierre Piednoël et Hervé Herelle; tous passionnés d'épaves et d'histoire font une "sortie sondages" en baie de Seine afin de repérer de nouveaux échos pouvant procurer des buts à de nouvelles recherches sous marines. Un prélèvement de munitions a été effectué pour révéler des dates de fabrication antérieures à 1940 et d'origine française. Leur attention s'est portée sur le fait que seule l'épave du Niobé pouvait se trouver dans la zone prospectée.


L'un d'entre eux m'a contacté par le biais du site de la SNC, il m'a fait part de la possible découverte de l'épave du Niobé et m'a demandé des renseignements qui auraient pu leur permettre d'identifier avec certitude les restes du Niobé. Je n'ai pu que communiquer les quelques documents, photos et articles de presse anciens provenant des archives SNC. Par la suite Carl Lenormand m'a informé qu'à la suite de plusieurs plongées ils avaient la certitude qu'il s'agissait bien du Niobé. Les chaudières furent retrouvées. La preuve définitive fut la reconnaissance à la poupe des lettres "N.I.O.B.E et C.A.E.N". La partie arrière du navire étant la seule ayant partiellement résisté à l'explosion. La cheminée est couchée en un seul morceau sur ce qu'il reste des superstructures, l'hélice de rechange sur la dunette, le site est jonché de nombreuses munitions de divers calibres. Fin octobre la nouvelle de la découverte du Niobé est officiellement annoncée, divers articles de la presse locale en font état, un sujet important a été diffusé par FR3 Haute Normandie. Les inventeurs de l'épave ont fait les démarches légales auprès des Affaires Maritimes qui ont fait suivre auprès du SHOM et de la DRASM. Par respect pour les victimes de ce naufrage et soucieux de préserver l'intégrité du site la position exacte de l'épave n'a pas été divulguée: "Simplement par 25m de fond plutôt à l'ouest orientée vers la rade de Ouistreham."

J'ai eu l'occasion de rencontrer Carl Lenormand, un homme passionné par la plongée et par l'histoire des épaves. C'est lui qui m'a confié les documents photo publiés ici. Il m'a exposé la suite que lui et ses collègues aimeraient donner à leur découverte: avoir la possibilité de remonter une pièce importante et significative de l'épave, l'hélice de rechange par exemple, ceci afin de garder le souvenir de la tragédie du Niobé.

Jacques REBILLARD         





Je remercie l'équipe des plongeurs du Club de Plongée Paul Eluard, et plus particulièrement Carl Lenormand qui m'a fourni tous les renseignements sur leur travail et donné l'autorisation de publier leurs documents photographiques.


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